Gilets jaunes : Edouard Philippe exclut finalement l’immigration du futur débat national




Dans la présentation faite mercredi par le gouvernement, l’immigration était le cinquième axe de la future concertation nationale, souhaitée par le gouvernement en réponse au mouvement des Gilets jaunes. Mais jeudi, le Premier ministre Edouard Philippe a fait marche arrière et indiqué que ce sujet serait à l’ordre du jour sans prendre la forme d’un thème distinct.

« On ne peut pas faire la politique de l’autruche » et « avoir peur des débats n’a jamais permis de faire avancer les sujets », justifiait jeudi le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. Mais l’axe 5 de la future concertation nationale crée de la confusion au sein même de l’équipe gouvernementale. Lundi soir, Emmanuel Macron avait pourtant en quelque sorte préparé le terrain. Lors de son allocution censée répondre à la colère des Gilets jaunes, le Président avait glissé deux phrases qui n’étaient pas passées inaperçues : « Je veux aussi que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter. »

Mercredi, le gouvernement a présenté en Conseil des ministres les cinq grands axes de la concertation nationale à venir. Et le dernier d’entre eux a rapidement fait débat, voire polémique. « Quelles sont les attentes et les inquiétudes des Français relatives à l’immigration, dans un contexte de mondialisation et de laïcité parfois bousculée? », pouvait-on lire dans le compte-rendu du Conseil des ministres.

Edouard Philippe parle de quatre thèmes, et non cinq

Mais le Premier ministre ne semble pas exactement sur cette longueur d’onde. A deux reprises, Edouard Philippe a parlé de quatre thèmes – et non de cinq – pour le débat à venir.

  • Mercredi soir, lors d’une rencontre organisée par l’association Villes de France, selon un journaliste de l’AFP. Il y aurait également fait une allusion au débat sur l’identité nationale sous Nicolas Sarkozy qui « n’avait pas été un succès ».

C’est dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale qu’Edouard Philippe l’a confirmé jeudi, lors de l’examen de la motion de censure déposée par les groupes d’opposition de gauche. Si l’immigration devrait bien être à l’ordre du jour, ce ne sera pas sous la forme d’un thème distinct.

Après cette annonce et la parution de cet article, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, s’est à son tour interrogée sur Twitter : « Comment le Premier Ministre peut-il supprimer l’immigration du débat national alors que le Président de la République s’est engagé solennellement devant les Français à en débattre? »

La CFDT n’en voulait pas

Dans la foulée de la publication mercredi du compte-rendu du Conseil des ministres, d’autres voix s’étaient fait entendre. Premier syndicat français, la CFDT s’opposait à ce que « ‘immigration et identité profonde’, pourtant sans lien à la crise actuelle, fasse partie des cinq thèmes de discussion ». « C’est incompréhensible et dangereux alors que l’enjeu est clairement la justice sociale! », affirmait son dirigeant Laurent Berger mercredi soir sur Twitter.

« La question de l’immigration n’a rien à faire là. On ne mélange pas des choux et des carottes. La seule question est celle des inégalités sociales et territoriales », avait-il déjà déclaré quelques heures avant lors de la clôture des premières universités citoyennes de l’association Bleu, Blanc, Zèbre.

SOS Racisme avait été le premier à tirer la sonnette d’alarme, mettant en garde contre « toute tentative consistant à jeter les immigrés en pâture des frustrations sociales » ou d’en faire des « boucs émissaires ». « Il y a une pédagogie à faire, mais est-ce qu’on la fait dans un moment de crise exacerbée? » s’interrogeait Pierre Henry de France terre d’asile, qui se disait « frappé de la méconnaissance de la réalité migratoire ».

« Il y avait le risque que cela clive inutilement »

Député de la majorité, Matthieu Orphelin avait, lui aussi, fait part de sa désapprobation à ce que ce thème figure dans ce débat national, qui se tiendra du 15 décembre au 1er mars 2019. « Je pense que la question autour de l’immigration n’y a pas sa place », écrit-il sur Twitter.

Alors l’élu du Maine-et-Loire juge bienvenue la confirmation par le Premier ministre que les questions liées à l’immigration ne seront pas dans la concertation. « Ce n’est pas pour les mettre sous le tapis ou pour refuser de les traiter », explique-t-il au JDD, affirmant que c’est un sujet « important ». Mais pas dans ce cadre-là : « Il y avait le risque que cela clive inutilement, que cela dénature l’objet de ce grand débat. »

Selon un récent sondage publié dans le JDD, une majorité de Français (52%) estime que l’on accueille « trop d’étrangers » dans le pays.

 

 

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