Agression mortelle à Villeurbanne : le suspect aurait «entendu des voix»

Samedi après-midi, un homme armé d’un couteau et d’une broche de barbecue a fait un mort et huit blessés en banlieue de Lyon. De nombreuses incertitudes entourent le geste de cet homme, âgé d’une trentaine d’années et de nationalité afghane, inconnu des services de police.





Les premiers éléments de l’enquête permettent d’en savoir un peu plus sur l’auteur de l’agression qui a fait un mort et huit blessés samedi à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon. Il était 16h25 lorsque l’homme armé d’un long couteau et d’une broche de barbecue s’est attaqué à des personnes qui attendaient l’arrivée de leur bus à la station de la gare routière Laurent-Bonnevay.

Après avoir poignardé plusieurs d’entre eux, l’assaillant a tenté de prendre la fuite en direction du métro, faisant un nouveau blessé sur son chemin. Encerclé par une dizaine de personnes au niveau de l’esplanade, il a ensuite pu être maîtrisé par «des témoins, dont trois agents de transport de la société [de transports en commun de Lyon]», a précisé dimanche le procureur de la République de Lyon, Nicolas Jacquet, saluant une «intervention courageuse et maîtrisée».

Un jeune homme de 19 ans originaire de Savoie est mort de ses blessures dans la soirée. Il se rendait, avec deux amis, à un festival de musique à Lyon, d’après deux témoins interrogés par BFM TV. Les autres victimes, âgées de 19 à 76 ans, souffrent de nombreuses blessures à la tête, au thorax, et au dos, mais «leur pronostic vital n’est plus engagé», a précisé le procureur, qui a tenu à souligner le «bilan lourd et dramatique» de cette agression.

Les motivations du suspect restent inconnues




Le suspect, qui aurait agi seul et sans complice, a finalement pu être interpellé aux alentours de 16h40 par la police, puis placé en garde à vue pour «assassinat et tentative d’assassinats». L’enquête a été confiée à la police judiciaire de Lyon et une information judiciaire doit être ouverte lundi, afin de clarifier «le profil, le parcours et la personnalité du mis en cause». Alors que plusieurs inspecteurs de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) avaient été envoyés en observation dans un premier temps aux côtés des unités d’intervention du Raid, le parquet national antiterroriste n’a finalement pas été saisi.

A ce stade, les motivations du suspect, de nationalité afghane, restent toujours inconnues. Au cours de sa garde à vue, le jeune homme aurait décliné deux identités différentes et se serait montré «incohérent et confus» face aux enquêteurs. Il aurait par ailleurs reconnu une consommation régulière de cannabis, confirmée par l’analyse toxicologique menée dans la soirée.

Jusqu’alors inconnu des services de police, il aurait agi sous l’impulsion d’un «état psychotique envahissant» mêlé de «mysticisme» et de «religion», selon l’expertise psychiatrique. «Il reconnaissait partiellement les faits, mais il assure ne pas avoir de souvenir précis, a annoncé le procureur. Il indique être musulman et avoir entendu des voix insulter Dieu et lui avoir donné l’ordre de tuer.» Il aurait également reconnu un homme avec qui il était en contentieux, toujours selon le procureur, ce qui aurait pu motiver son passage à l’acte.

Deux perquisitions menées par les enquêteurs




Son parcours, d’Italie jusqu’en Norvège, révèle une longue itinérance à travers l’Europe, où il aurait été identifié pour la première fois en 2009. L’homme, dont on ne peut établir l’âge avec certitude, résiderait en France depuis 2016 et serait titulaire d’une carte de séjour en règle, renouvelable en janvier 2020. Il aurait par ailleurs déposé une demande d’asile auprès des autorités françaises.

Samedi soir, une première perquisition a pu être menée à l’un de ses domiciles, dans un foyer pour réfugiés de Vaulx-en-Velin. Une autre a eu lieu dimanche. Aucune d’elles n’a permis aux enquêteurs de révéler le moindre élément de «radicalisation» dans son parcours, comme l’a confirmé le procureur, qui a évoqué un téléphone retrouvé sur les lieux du crime, en cours d’analyse.

Plusieurs vidéos de l’agression ont rapidement été diffusées samedi sur les réseaux sociaux, alimentant dans un premier temps le soupçon d’une attaque terroriste. Sur l’une d’elles, on pouvait voir l’homme taper dans la main de l’un des passants sur l’esplanade, avant de lui laisser la vie sauve. D’autres témoins évoquaient encore sur BFM TV l’avoir déjà croisé à plusieurs reprises dans les transports de la ville, le qualifiant de «marginal».

Près de onze plaintes ont été déposées par des victimes et des témoins, choqués par l’agression et pris en charge par une cellule spécialisée. Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, a également indiqué qu’un hommage serait bientôt rendu en l’honneur des personnes intervenues pour maîtriser l’agresseur, une «cinquantaine» selon les forces de l’ordre. «Leur action ouvre un petit coin de ciel bleu dans un univers dramatique et effroyable», a souligné l’édile.

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